Les Pères sévères sont nés
Ils ont donné leur premier show ce soir. C’était vraiment plaisant, je pense qu’on va recommencer…
Monday, 8 of February of 2010
Ils ont donné leur premier show ce soir. C’était vraiment plaisant, je pense qu’on va recommencer…
Je sais, je ne fais que de la pub ces temps-ci… mais ma pièce a sa première jeudi!
Deuxième secondaire. Un élève, un peu plus à la mode que les autres, la mèche de cheveux lui cachant esthétiquement la moitié du visage, est en pleine conversation avec ses camarades alors que j’essaie de prendre les présences. Le sujet? Leurs groupes de musique préférés.
MIKAËL: Moi j’aime mieux Led Zeppelin.
DIEGO: C’est qui ça?
MIKAËL: Tu connais pas Led Zeppelin? LOOOOOOOOOOOOOSER!! C’est un des groupes rock les plus importants de l’histoire!
Je finis par avoir le silence, et je fais l’appel.
MOI: Mikaël.
MIKAËL: Présent.
MOI: Mikaël, est-ce que tu connais Velvet Underground?
MIKAËL: Non…
MOI: LOOOOOOOOOOOOSER!
Il me regarde avec de grands yeux, il ne peut assimiler le fait qu’un adulte lui parle comme ça. Je continue.
MOI: Tu connais pas Velvet Underground? C’est un de groupes qui ont le plus influencés les musiciens d’aujourd’hui!
MIKAËL: Ah, je connais pas…
MOI: Et avant de connaître Led Zeppelin, tu ne les connaissais pas non plus… si tu veux que les autres s’ouvrent à tes goûts musicaux, tu devrais peut-être changer d’attitude… tu ne connais pas Led Zeppelin? Chanceux, tu vas pouvoir les découvrir et écouter leur musique pour la première fois, moi je ne peux plus faire ça…
MIKAËL: Ouais, ok…
N’est-ce pas que je suis empli d’une sagesse incommensurable? Ou alors, juste un petit peu commensurable, mais à peine?
Examen de français, cinquième secondaire. Samantha a son téléphone cellulaire sur son pupitre. La semaine dernière, dans sa classe de français, je l’ai entendue expliquer aux autres comment c’était facile de tricher avec un téléphone. Je le confisque donc, et quand elle rouspète et que je lui répète ce qu’elle disait la semaine d’avant, elle réagit comme si j’étais stupide. Puis, Nadia, qui est arrivée avec 30 minutes de retard, sort son téléphone et le met à son tour sur son pupitre. Je laisse faire, jusqu’à ce que je la vois le manipuler. Quand j’essaie de le prendre:
NADIA: Qu’est-ce que vous faites??
MOI: Je te le redonne après l’examen.
NADIA: C’est pour voir l’heure, pour aller plus vite!
MOI: Je te la dirai, l’heure, tu sais que tu n’as pas le droit à ton téléphone.
NADIA: C’est pour voir l’heure pour aller plus vite, c’est quoi ton problème?
MOI: J’ai pas de problème, mais t’as pas le droit.
NADIA, voyant que je ne cèderai pas, en me donnant son téléphone: Tiens, mange-le!
MOI: Je ne le mangerai pas, je vais plutôt le donner à ta directrice.
NADIA: Essaie pour voir!
J’ai essayé. Malheureusement, je n’ai pas réussi: la directrice était absente. J’ai donc dû remettre le téléphone à la T.E.S. Cette dernière m’a dit que, étant donné que le lendemain était journée pédagogique, Nadia ne pourrait récupérer son téléphone que le lundi suivant. Après m’avoir écrit une lettre d’excuses, évidemment…
Je fréquente peu les théâtres institutionnels et subventionnés. La semaine dernière, exceptionnellement, j’étais au TNM pour subir une pièce de Claude Gauvreau dans une mise en scène de Lorraine Pintal.
Quand une voix, empreinte d’une importance démesurée, nous a annoncé, avant le début de La charge de l’orignal épormyable, que nous avions rendez-vous avec la « poésie » de Claude Gauvreau, je savais qu’il y avait des bonnes chances que je souffre. Si j’allais voir du Gauvreau, c’est que le thème de la pièce m’intéressait particulièrement, pas pour sa poésie, qui consiste habituellement en une succession de mots sans rapports les uns avec les autres et d’inventions lexicales. Personnellement, ça me laisse froid. Intéressant peut-être du point de vue clinique, ce délire paranoïaque aurait pu servir à son thérapeute, mais, dépourvu de sublime, coincé dans une cruauté moche et peu inventive, il n’avait guère d’autre utilité.
Ce texte, avec tout ses défauts, aurait sans doute été pour le moins agréable à entendre s’il avait été bien rendu par des comédiens humbles et une mise en scène adéquate. Mais hier, dans la vénérable enceinte du plus gros théâtre du Québec, rien n’était humble ni adéquat. Je me suis demandé comment Gauvreau aurait réagi en voyant tant d’argent et de ressources consacrés à mettre en scène ce délire qui aurait aussi bien pu se dérouler dans une pièce nue.
Une autre chose m’a irrité au plus haut point, c’est l’utilisation -qui est pratiquement la norme dans notre théâtre institutionnalisé- de cette langue bâtarde, impossible que d’aucuns nomment ‘français international’ et qui n’est la langue de personne. En entendant les comédiens y aller de ‘Es-tu sûr de ce que tu avônces?’ et autres… perles, je me demandais s’il y avait un seul autre pays au monde où le théâtre se faisait en empruntant un accent. Comment réagiraient les américains si on présentait un Tennessee Williams avec l’accent britannique? Les comédiens d’ici, les metteurs en scène sont-ils si gênés d’être nés au Québec qu’ils doivent créer l’illusion d’un accent normatif même pour jouer une pièce québécoise? Je ne parle pas ici d’utiliser le joual ou de sacrer aux trois mots, seulement d’avoir des personnages qui s’expriment dans un langage qui est le leur, qui représente l’univers dans lequel ils évoluent, pas un no man’s land à la langue idéalisée…
À la fin, l’ovation était monstre et les cris d’encouragement fusaient, mais l’empereur restait nu.
Heureusement qu’il y avait Pascale Montpetit, seul rayon de soleil dans cette noire prétention.
Classe de français, cinquième secondaire. Quelques filles, à proximité du bureau du professeur, discutent de leur vie future et du nombre d’enfants qu’elles auront. La question importante: est-ce que c’est mieux d’avoir un garçon ou une fille?
OLGA: Moi j’aimerais mieux avoir une fille, c’est plus facile une fille, si elle pleure tu lui donnes un chandail et c’est réglé.
Dans une classe dite « de communication». Marc est un élève particulier, il aime beaucoup les enseignants, peut-être parce qu’ils sont les seuls à le traiter avec respect.
MARC: Monsieur, le connaissez-vous lui? (Il me montre une photo de René Lévesque)
MOI: Oui…
MARC: Il est dans ma famille.
MOI: Ah oui? C’est qui par rapport à toi?
MARC: Genre un cousin éloigné. Il était politicien, hein?
MOI: Oui, et avant il était journaliste.
MARC: Ça gagne cher un politicien?
MOI: Assez, oui. (il me demande un estimé; je le lui donne)
MARC: J’ai failli avoir son héritage. Je me serais acheté une XBOX, un IPOD touch, je me serais tout acheté ce que je veux!
Julie, quant à elle, se réfugie dans les livres. Je ne la vois jamais sans un livre à la main, et, bien que la plupart du temps elle exécute le travail demandé, c’est souvent par intermittence, avec des pauses-lecture. Ni Marc, ni Julie n’a vraiment d’ami, mais un monde les sépare. Marc, intellectuellement, est presque un bébé alors que Julie, malgré d’évidents problèmes scolaires et sociaux, possède une culture bien supérieure à celle de ses camarades de classe et n’est pas intéressée à se nouer d’amitié avec Marc.
JULIE: Monsieur, demain on part en classe de neige pour deux jours. il faudrait arroser les plantes sinon elles vont mourir!
MOI: D’accord, va chercher de l’eau.
Elle sort avec l’arrosoir, revient et commence à nourrir la flore luxuriante de la classe. Elle met trop d’eau, en reçoit le trop-plein sur les cheveux et les vêtements. Je lui dit d’aller chercher du papier pour se sécher, ce qu’elle fait.
Mais pendant qu’elle est partie, les autres élèves commencent à se plaindre, à se boucher le nez. Je comprends assez vite pourquoi: une répugnante odeur d’élève pas lavée depuis un temps, libérée par les molécules d’eau qui lui sont tombées dessus, a envahi l’air ambiant. Quand Julie revient, je ne sais pas si elle s’aperçoit que ce cirque la concerne; elle semble, comme d’habitude, imperméable à son environnement immédiat.
La cloche sonne, annonçant la fin de la période.
MARC, me retenant: Monsieur, pourquoi ça pique les « péricules »?
MOI: Hein?
MARC: Pourquoi ça pique les péricules? (Il me montre ses cheveux. Ils pullulent de points blancs.) Moi j’ai des péricules, et ça pique toujours…
MOI, très mal à l’aise: Euh, je sais pas… je connais pas ça!
MARC: Ah, merci.
Et je me sauve, honteux.
Un élève turbulent mais très intelligent, me croisant dans un corridor de l’école: Hey, m’sieu, maintenant que vous avez une barbe, est-ce qu’ils vous laissent entrer dans les bars?