Chronique d’une souffrance annoncée
Je fréquente peu les théâtres institutionnels et subventionnés. La semaine dernière, exceptionnellement, j’étais au TNM pour subir une pièce de Claude Gauvreau dans une mise en scène de Lorraine Pintal.
Quand une voix, empreinte d’une importance démesurée, nous a annoncé, avant le début de La charge de l’orignal épormyable, que nous avions rendez-vous avec la « poésie » de Claude Gauvreau, je savais qu’il y avait des bonnes chances que je souffre. Si j’allais voir du Gauvreau, c’est que le thème de la pièce m’intéressait particulièrement, pas pour sa poésie, qui consiste habituellement en une succession de mots sans rapports les uns avec les autres et d’inventions lexicales. Personnellement, ça me laisse froid. Intéressant peut-être du point de vue clinique, ce délire paranoïaque aurait pu servir à son thérapeute, mais, dépourvu de sublime, coincé dans une cruauté moche et peu inventive, il n’avait guère d’autre utilité.
Ce texte, avec tout ses défauts, aurait sans doute été pour le moins agréable à entendre s’il avait été bien rendu par des comédiens humbles et une mise en scène adéquate. Mais hier, dans la vénérable enceinte du plus gros théâtre du Québec, rien n’était humble ni adéquat. Je me suis demandé comment Gauvreau aurait réagi en voyant tant d’argent et de ressources consacrés à mettre en scène ce délire qui aurait aussi bien pu se dérouler dans une pièce nue.
Une autre chose m’a irrité au plus haut point, c’est l’utilisation -qui est pratiquement la norme dans notre théâtre institutionnalisé- de cette langue bâtarde, impossible que d’aucuns nomment ‘français international’ et qui n’est la langue de personne. En entendant les comédiens y aller de ‘Es-tu sûr de ce que tu avônces?’ et autres… perles, je me demandais s’il y avait un seul autre pays au monde où le théâtre se faisait en empruntant un accent. Comment réagiraient les américains si on présentait un Tennessee Williams avec l’accent britannique? Les comédiens d’ici, les metteurs en scène sont-ils si gênés d’être nés au Québec qu’ils doivent créer l’illusion d’un accent normatif même pour jouer une pièce québécoise? Je ne parle pas ici d’utiliser le joual ou de sacrer aux trois mots, seulement d’avoir des personnages qui s’expriment dans un langage qui est le leur, qui représente l’univers dans lequel ils évoluent, pas un no man’s land à la langue idéalisée…
À la fin, l’ovation était monstre et les cris d’encouragement fusaient, mais l’empereur restait nu.
Heureusement qu’il y avait Pascale Montpetit, seul rayon de soleil dans cette noire prétention.
Date: March 24th, 2009 @ 16:04
Catégories: Choses